allaitement

Vendredi dernier, c'était notre dernière tétée. Et c'est comme le statut Facebook, c'est compliqué.

Cet allaitement, je l'ai porté à bouts de bras depuis le début. Et en me signifiant sa fin, finalement mon fils m'a fait un cadeau. 

Ce n'est pas la galère des débuts qui a décidé.

J'avais déjà allaité les 3 premiers mais l'allaitement au début, c'est toujours plein de bobos et de difficultés. Engorgements, seins dans la gorge et surtout un bébé qui ne prend pas assez de poids les premiers jours. Quel que soit le problème, au démarrage il y a toujours un con pour vous faire penser que l'allaitement est le problème, mais jamais la solution.

La tentation est grande devant la boite de lait. Chance pour nous, il n'en a jamais voulu de toutes les façons (je me suis quand même ruinée pour lui faire essayer). Pas de compléments, pas de biberons, même de lait maternel. 

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Ce n'est pas le cancer qui a décidé.

BB5 n'avait même pas 2 mois quand sa soeur a déclaré une leucémie aigue. Si vous avez suivi nos aventures, vous savez que leucémie=chambre stérile=interdiction formelle de rentrer dans le service. Autant dire que continuer à allaiter n'a pas été simple, surtout que monseigneur têtait de manière très chaotique.

A la complexité de la situation s'est ajoutée la fatigue avec les aller-retour maison/hôpîtal, un bébé qui ne fait pas ses nuits, une enfant à l'hôpital, les 2 du milieu à gérer avec école et cie. Vous parlez d'une charge mentale vous ? Je crois que j'étais plutôt en état de décharge tout court. 

Mais j'ai voulu garder ce lien. Le cancer était en train de me prendre ma fille, il n'allait pas me prendre ma relation avec mon bébé. BB5 avait besoin de moi aussi et si j'avais arrêté l'allaitement à ce moment là, j'aurais pu être tentée de l'abandonner (façon de parler) au profit de sa soeur dont nous ne savions pas si elle allait vivre ou mourir. J'ai eu l'impression de me couper en 2, mais je n'ai pas arrêté.

Ce n'est pas l'envie de liberté qui a décidé.

A 6 mois, BB5 est rentré à la crèche. Je l'ai donc allaité matin et soir et un peu plus le WE. Et puis BB1 est sortie de l'hôpital, puis BB5 a eu un an. J'ai très souvent refusé des blogtrips parce que je ne pouvais pas découcher et parce que je ne voulais pas arrêter de l'allaiter non plus. Et en même temps j'avais envie de retrouver de la liberté. Mais on a continué. Le "on" est important finalement dans cette aventure.

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Ce n'est pas la pression sociale qui a décidé.

Et puis les 2 ans sont arrivés. "Ah bon, tu l'allaites ENCORE?". "Il ne boit pas de lait?" (donc le mien ça compte pour du beurre?). Et ma préf de pref: "Tu comptes l'allaiter jusqu'à ses 18 ans?" (Ca, honnêtement, ça mériterait un bon coup de boule).

Pourquoi arrêter ? Finalement je pouvais sauter une journée de tétée de temps en temps, je n'avais plus trop de contraintes et ces moments d'allaitement étaient des moments d'échanges privilégiés.

Je crois que la vie lui en avait assez imposé pour que je lui impose d'arrêter. Alors on a laissé le temps filer, presque sans compter.

2 ans, 7 mois et 10 jours.

955 jours de moments particuliers.

Et puis vendredi dernier cela s'est arrêté.

Mais c'est lui qui a décidé.

Depuis je tente ma chance quand même, et ce soir il m'a regardé droit dans les yeux et il m'a dit: "Maman j'ai décidé d'arrêter le tété!".

Je suis si fière de lui. (et j'ai le coeur un peu brisé quand même)